Désert et déserts de la connaissance. Quelques remarques éphémères sur les limites et les blancs de l’entendement

Publié par Bernard Guy, le 13 juin 2018   150

Xl photos sable cap ferret b guy 06 018

On ne connaît pas encore tout

On ne connaît pas tous les insectes, on ne connaît pas toutes les exo-planètes, on ne connaît pas les conditions d’apparition de la vie, on ne connaît pas la matière noire…

 

On ne peut pas tout connaître, notre connaissance est nécessairement incomplète

On ne connaît pas tout le passé qui a été en partie effacé : quels voyages a fait ce tyrannosaure avant de mourir ?

 

On ne regarde pas les choses de l’extérieur du monde : on ne les connaît pas en elles-mêmes mais par les diverses relations qu’elles ont entre elles, avec nous, avec nos instruments de mesure. Ainsi une partie nous échappera toujours. L’électron est à la fois onde et corpuscule. On ne connaît pas à la fois sa position et son impulsion de façon précise. L’espace n’est pas le temps, le temps n’est pas l’espace : le fond du réel échappe à l’espace et au temps.

→ Apophatisme, relations d’indétermination, pluralisme théorique, dualités, connaissance en probabilité etc.

 

Logique mathématique : théorèmes d’incomplétude de K. Gödel : on ne peut déduire des axiomes que l’on se donne dans un système formel la vérité ou la fausseté de toutes les propositions. Il faut prendre ces dernières (ou leur négation) comme de nouveaux axiomes.

 

Ce qu’on connaît, on ne le connaît pas

Les mots même que l’on utilise pour décrire le monde sont soumis à fragilité ; le sens qu’on leur donne est provisoire, mais ils sont indispensables pour communiquer. On postule (choix arbitraire, c’est à dire soumis au libre arbitre) la constance des étalons sur lesquels on construit notre connaissance, mais cette constance nous échappe (incertitude épistémique, ou a-certitude). On dit : « tout se passe comme si » (fictionnalisme) ; connaissance provisoire, falsifiable ou réfutable.

 

On ne peut pas tout dire

La condition  même de pouvoir dire, de pouvoir enregistrer, est que l’on ne dise pas tout, que l’on n’enregistre pas tout : le film de l’oiseau en vol comporte des images entre lesquelles on n’a rien (blancs que l’on interprète comme des positions intermédiaires dans le mouvement).

 

On n’a pas idée de ce dont on n’a pas idée

La nouveauté qui vient nous demandera de revoir nos copies.

Y-a-t-il des « niveaux de réalité » auxquels le sujet accède par son engagement « existentiel » dans la démarche de connaissance ?

 

Remerciements

Merci à tous ceux qui m’ont inspiré : H. Bergson, E. Cassirer, Ph. Dujardin, K. Gödel, W. Heisenberg, E. Kant, J. Ladrière, J.-L. Léonhardt, M. Mizony, H. Poincaré, H. Vaihinger, D. Vaudène etc. (liste non limitative). Les lignes qui précèdent ont été écrites à destination des élèves de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne (Institut Mines Télécom) à l’occasion d’un module d’enseignement « Philosophie des sciences / marche dans le Pilat », dans le cadre de la semaine « Liberal arts » (juin 2018). Le thème général était « le désert », prétexte à digression sur les blancs de nos représentations. Merci à Marc Doumas et Christine Berton pour leur assistance éclairée.