Sciences azur, sciences pourpres

Publié par Bernard Guy, le 18 janvier 2018   870

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Sciences azur, sciences pourpres

 

Je reviens d’un pays imaginaire où les occupants ont une façon originale d’appeler les sciences. Ils parlent de sciences azur et de sciences pourpres. Les premières se rapprochent de ce que nous nommons chez nous brutalement les sciences dures, ou sciences exactes, s’étendant des mathématiques et de la physique aux sciences de la nature. Les secondes se rapportent plutôt à la multitude des sciences humaines et sociales.

 

Les habitants de ce pays ne se résignent pas à laisser croire qu’il y a d’un côté des sciences solides et de l’autre des sciences molles, d’un côté des sciences incontestables et de l’autre des sciences mensongères. Pour la commodité du discours et de la pratique (on ne peut être partout à la fois), ils ont jugé utile de distinguer deux pôles, certes inaccessibles (1) :

 

  • celui des sciences azur : pôle plus clair, mais plus froid, inspiré par le ciel et son majestueux ordonnancement d’espace et de temps. Il évoque un ornement de pierre bleue, de verre émaillé, et sa matière inerte, presque pure…


  • celui des sciences pourpres : pôle plus foncé, plus chaud, tourné vers la terre et vers l’homme, avec toute sa richesse et sa complexité, sans nier sa part obscure. Il évoque la vie productrice de couleur dans sa coquille minérale…

 

  

L’infini du ciel, celui des profondeurs de l’âme, c’est le même infini. Toutes les sciences cherchent la rigueur ; toutes accueillent la modestie, c’est leur honneur, en proportion même de la complexité de leur objet. Toutes demandent des conventions sociales, toutes sont humaines: il n’est de science azur dont l’inspection attentive ne décèle quelques reflets pourpres. Tous les humains cherchent un peu de raison : il n’est de science pourpre qui ne soit, même légèrement, azurée. Avec ces deux pôles, ces artisans des sciences fabriquent des mosaïques dont la variété dépasse l’imagination.

BG

 

Merci à Philippe Dujardin d’avoir suscité cette mise au point.  Merci à Laurent Loty d’avoir rapporté quelques impressions de sa propre visite au pays imaginaire.

Note (1) : on pense aussi au tableau au Vatican du peintre Raphaël, l’Ecole d’Athènes : Platon dirige le doigt vers le ciel, Aristote vers la terre.