Ingénieur Humaniste, un sujet d'actualité

Publié par Paul-Henri Oltra, le 10 juin 2020   190

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En Juin 2018, Mines Saint-Etienne Alumni (Association des diplômés de Mines Saint-Etienne)  a identifié, parmi les axes de travail pour les années suivantes, le thème de l'ingénieur humaniste. De ces réflexions est né un livre : « Ingénieur Civil des Mines de Saint-Etienne, Ingénieur Humaniste » un peu particulier, rédigé de manière collaborative pendant plus d’un an. Ce livre propose une réflexion sur l’ingénieur humaniste, réalisée par des diplômés de Mines Saint-Etienne.

Par humanisme, nous entendons une sensibilité à penser et agir aussi au service de l’intérêt général. L'ingénieur humaniste assume ses responsabilités en considérant les préoccupations humaines, sociétales, environnementales, ..., au moins au même niveau que celles concernant les autres objectifs (résultats financiers, rentabilité, productivité, ...). A ce titre l'Homme et l'humanité sont aussi au cœur des préoccupations de l’ingénieur humaniste. Il ne conçoit les technologies et les innovations que si elles sont au service de l'Homme, de l'humanité et de l’environnement. Il n'y a pas pour lui de progrès qui ne serve l'Homme, l'Humanité ou notre planète.

L’ambition de cet ouvrage « Ingénieur Civil des Mines, Ingénieur Humaniste » est d'éclairer ce sujet au travers des composantes suivantes :

  • Ce que nous dit l'histoire de Mines Saint-Etienne
  • Ce que l'École fait aujourd’hui
  • Les témoignages libres des diplômés

La notion d’ingénieur humaniste, et la relation entre l’ingénieur et l’humanisme, ont pu évoluer au cours du temps, en fonction des contextes et des enjeux des périodes concernées. Nous montrons dans les chapitres consacrés à l’école (passé et présent) comment l'École des Mines Saint-Etienne s’est adaptée ; les témoignages des diplômés issus de promotions récentes ou plus anciennes illustrent les différentes expressions de l’ingénieur humaniste.

 

Ce que nous dit l'histoire de Mines Saint-Etienne

Des grands anciens ont eu un comportement exemplaire et inspirant. Qu'en était-il à l'École des Mines ? Y a-t-il eu une volonté de travailler cette composante, et si oui à partir de quand et comment ? S'agissait-il de démarches personnelles, ou avons-nous affaire à une ADN du diplômé de l'École ?

Cette exploration du passé est essentiellement menée à partir de l’expérience propre de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, qui, en fait, fut en constante interaction avec son environnement économique, politique et académique. Dans ces conditions, les épisodes flatteurs de cette marche vers l’humanisme ont bénéficié des élans généraux de la société dans laquelle l'Ecole était immergée et dont elle savait déduire les orientations à suivre, et, de même, les périodes « plus dormantes » sont le reflet de leur époque.

Dans cette interrogation du passé, nos sources principales ont été :

  • les circulaires de l’Association des Anciens Elèves de l’École des Mines de Saint-Etienne (sous les différentes raisons sociales qui ont précédé l’actuel Mines Saint-Etienne Alumni), parues dans la période 1897-1945 ;
  • la Revue des Ingénieurs, pour la période 1951-1997

Ce chapitre nous emmène de « l’âge d’or du mineur mineur à l’école d’aujourd’hui », en passant par « le temps de la diversification ». Il se conclut par la présentation des 7 valeurs de l’Ingénieur Civil des Mines, retenues suite à une large consultation des alumni :

  • interdisciplinarité,
  • agilité,
  • ouverture,
  • discernement,
  • engagement,
  • responsabilité,
  • audace.

Ce que l'École fait aujourd’hui

Former un ingénieur humaniste à Mines Saint-Etienne est d’abord une question de convictions et de valeurs qui n’ont de réalité que parce qu’elles s’incarnent ensuite dans les parcours de vie et les carrières de tous les élèves qui sont passés par l’École depuis plus de 200 ans.

Le cursus ICM (Ingénieur Civil des Mines) propose un cursus personnalisé fondé sur le choix de deux majeures et un défi sociétal, quatre toolboxes et plusieurs « projets » fil rouge que l’étudiant effectue seul ou en équipe tout au long de son parcours.

Au niveau du tronc commun :

  • Le projet citoyen a pour but d’initier les étudiant(e)s à la conduite de projet par l’action. Les thèmes des projets peuvent être en lien avec la science, le social, l’humanitaire ou la culture. Les projets proposés devront leur permettre de s’ouvrir aux autres, d’être confrontés à des acteurs divers, de découvrir l’interculturalité et également avoir une dimension, sociale, citoyenne ou solidaire.
  • Le module d’ouverture « Développement durable et responsabilité sociétale des entreprises » vise à sensibiliser et à mobiliser les élèves au développement durable et à la responsabilité sociétale des entreprises. Des approfondissements leur permettent de toucher les aspects concrets de ces problèmes (éthique de l’ingénieur, RSE dans les PME et ETI, innovation responsable, transition écologique et résilience).
  • Le module d’ouverture « Interculturalités » permet aux élèves de mieux aborder leur future carrière dans un contexte international et/ou interculturel (en France et à l’étranger), d’éviter les principaux dysfonctionnements liés à l’interculturel et de développer leur adaptabilité en contexte multiculturel.
  • Certains sous-groupes du module d’ouverture « secteur d’activité » (environnement, transports, procédés) proposent des visites d’entreprises engagées dans des démarches de RSE ou en lien avec des activités ayant un impact favorable pour l’environnement.


Au niveau des formations, les étudiants peuvent choisir différents enseignements dont certains sont connotés développement durable et RSE :

  • Les toolboxes : Conduite du changement, évaluation environnementale, GRH (Gestion des Ressources Humaines) responsable, outils d’analyse de risque.
  • Parmi les 10 majeures proposées, les étudiants doivent en choisir deux.  La majeure « Environnement industriel et territorial », apporte aux étudiants les connaissances et les compétences afin d’être capables de mettre en œuvre les moyens pour améliorer les performances environnementales et énergétiques d’une entreprise, d’un groupe d’entreprises sur un territoire donné, ou d’un système urbain. La majeure « Procédés pour l’énergie », par exemple, donne les bases scientifiques nécessaires pour travailler dans le domaine de la transition énergétique.
  • Les 8 défis sociétaux abordent tous des thématiques qui feront l’économie et les métiers de demain. Parmi eux, quatre abordent explicitement les questions environnementales et de DD&RS (Développement Durable et Responsabilité Sociétale). 

Les témoignages libres des diplômés

Nous avons sollicité les ingénieurs diplômés par l'École ; leurs présentations, tranches de vie ou suggestions dessinent un panorama très large de ce qu'un ingénieur peut décider de faire quand sa composante humaniste est mise en action.

  • Pour Catherine DONADIEU (promotion 1994), c'est la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante. L’art est pour elle une passion, en vivre est un rêve. Du consulting à l’audit, de la Présidence d’une association à la peinture, elle explore la diversité de ses connaissances, de ses passions et de ses convictions. Catherine a aussi réalisé l’ensemble des illustrations originales du livre.
  •  Paul-Henri OLTRA (promotion 1981) témoigne de son parcours : prise de conscience, puis mise en place de principes humanistes dans son management, et actions auprès de jeunes diplômés en recherche d’un emploi.

  • Via la présentation de son parcours professionnel très diversifié, Roger GUICHARD (promotion 1967) montre comment un jeune homme absolument pas préparé au métier d’ingénieur à l’entrée de l’Ecole a pu, au fur et à mesure des promotions et des responsabilités, prendre conscience du rôle humaniste et sociétal de la fonction d’ingénieur.
  • Audrey GIBEAUX (promotion 1998) témoigne sur les notions de résilience, de développement durable et de transition écologique. A travers ses retours d’expérience dans les énergies renouvelables, les achats durables, les collectivités locales et les entreprises, elle soulève l’importance du facteur humain dans le niveau de résilience des entreprises et des territoires.
  • Folco LAVERDIERE (promotion 1997) témoigne, à travers son parcours professionnel, de son engagement pour contribuer à un projet de société plus soutenable et plus inclusif.

  • Christine OLTRA (promotion 1983) nous emmène sur le chemin à parcourir pour aller « De l’ingénieur technique à l’ingénieur social ». L’expérience des impacts des transformations de l'entreprise sur les collaborateurs a suscité chez elle l'envie de remettre l’humain au centre des préoccupations. Ainsi, elle a  suivi un Executive Master de Sociologie des Entreprises et Stratégie de Changement afin d’intégrer la sociologie dans les pratiques managériales.
  • Gilles HALLÉ (promotion 1980) partage un certain nombre de questions qui l’ont accompagné pendant sa carrière professionnelle, en grande partie à l’international, questions liées à notre humanité partagée, à nos valeurs, à nos choix.
  • Jeanne CORBAU (promotion 2004) parle de son parcours, de ses expériences humanitaires et d'une facette de sa personnalité, découverte sur le tard, commune à de nombreux ingénieurs, et qui aurait comme caractéristique, entre autres, un certain humanisme.
  • Christophe MEDIAVILLA (promotion 2005) nous explique son parcours au sein d’une « world company » de l’énergie. Il parle des connaissances qu’il a acquises non seulement grâce à ses expériences, mais aussi face aux challenges humains, énergétiques et environnementaux auxquels il a été confronté.
  • Florian ORTEGA (promotion 2005) témoigne de son parcours de consultant et du rôle de l'ingénieur humaniste dans la transformation des entreprises. Cette dimension humaniste ou RSE (Responsabilité Sociale d’Entreprise) a une place importante dans les choix qui doivent guider l'ingénieur pour concevoir les solutions de demain ou accompagner leur mise en œuvre.
  • Ludovic SCHNEIDER (promotion 2003) témoigne de son exercice dans l’accompagnement des territoires vers une transition juste et partagée. Il favorise une démarche inclusive, intégrant les différentes parties prenantes, qui, ainsi impliquées, adhèrent et participent plus facilement au projet.


  • Yoann HODEAU (promotion 2006) nous propose un témoignage sur la recherche d’efficience de nos actions humanistes, afin d’approcher et de corriger le « root bug ».  En effet, faire une « bonne action » pour résoudre un problème, c’est très bien, mais une bonne action qui peut résoudre cinq problèmes à la fois, c’est encore mieux !
  • François-Xavier MICHAUX (promotion 2003) témoigne de son expérience au service des autres, dans une entreprise dont la mission est d’aider les personnes marginalisées, et dont l’objectif est de contribuer à la transformation sociale.
  • Julie LEMOINE (promotion 2009) témoigne de la nécessité de compléter sa formation initiale d’ingénieur pour réellement se construire en tant qu’Homme au sein d’une société. Puis elle ouvre la discussion sur la responsabilité de l’ingénieur dans les enjeux sociétaux.


En conclusion

L'humanisme est un parcours de vie. C'est un apprentissage de la vie et des relations entre la personne et son environnement. Si la vie peut rendre l'ingénieur plus humain ou plus humaniste, le terrain peut aussi être préparé. L'éducation, la formation et la mise en situation, jouent un rôle important dans cette préparation. La formation d'un ingénieur peut permettre l'éclosion, ou le développement, de sa conscience humaniste.

Mais notamment en lien avec ce qui saute encore plus aux yeux depuis les derniers mois et la crise sanitaire du Covid19, nous souhaitons souligner qu’il ne s'agit plus d'une philosophie, ou d'un luxe, mais d’une nécessité. L'humanisme est devenu indispensable, son approche globale est incontournable pour sauver la planète. Nos ingénieurs, « innovants par tradition », ont cette lourde responsabilité, il s'agit d'innover pour préserver. L’Ingénieur Civil des Mines de Saint-Etienne, qui sera souvent un référent, un manager, ou un dirigeant saura utiliser les sept qualités (interdisciplinarité, agilité, ouverture, discernement, engagement, responsabilité, audace) qui  seront le fil d'Ariane de sa construction et de son évolution.

Ce livre peut être commandé ICI.

Il sera aussi bientôt disponible chez les grandes librairies.

 Les illustrations de cet article sont toutes extraites de cet ouvrage. Elles ont été réalisées spécifiquement par Catherine DONADIEU.