Pensée critique, fake news et éducation aux médias : une conférence de Christophe Michel

Publié par Floriane De Gérard, le 7 juin 2018   1.3k

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Que sont les fake news ? Comment la pensée critique permet-elle de les démasquer ? Que fait-on pour y remédier ? Christophe Michel, créateur de la chaine YouTube « Hygiène Mentale » a donné le 29 mai à Saint-Étienne une conférence sur la pensée critique, les fake news et l’éducation aux médias organisée par la Rotonde et le Conseil Consultatif des Arts et de la Culture de la Ville de Saint-Étienne. Selon lui, la solution pour déjouer les pièges des fake news passe par l’éducation aux médias.

A son auditoire, Christophe Michel se présente comme infographiste, membre par ailleurs de l’Observatoire Zététique, et non pas comme scientifique. Engagé dans la chasse aux fake news en s’emparant d’outils d’amplification de l’information comme un blog, il anime depuis trois ans une chaîne YouTube « Hygiène Mentale », où il parle de mécanismes de diffusion des rumeurs, de comment se forgent les croyances, en se basant sur le travail de sociologues. Son travail, c’est de cristalliser les informations en un format digérable pour le grand public : il est devenu médiateur, un pied chez les scientifiques et l’autre chez le grand public.

Ses vidéos donnent des outils pour comprendre les médias et l’actualité, pour démêler le vrai du faux : processus difficile mais pas impossible avec une bonne méthodologie !

La pensée critique, notre passoire qui trie le vrai du faux


Dogmatisme versus Relativisme

Selon Christophe Michel, il faudrait se situer à l’équilibre entre le relativisme et le dogmatisme : un relativiste serait celui qui croit tout ce qu’il lit, voit à la télévision ou sur internet et le dogmatiste celui que rien ne peut faire changer d’avis. Pour le conférencier, le juste équilibre entre ces deux postures permet d’être ouvert d’esprit, de pouvoir changer d’avis face à des preuves et d’avoir une passoire qui trie le vrai du faux : cette passoire, c’est l’esprit critique.

Penser de façon critique, c’est analyser que tous les arguments d’un discours tiennent la route. C’est se poser des questions et avoir des outils :

  • Que vais-je considérer comme une preuve ? Un témoignage est-il une preuve ? Ce sont des questionnements épistémologiques et philosophiques.
  • Savoir raisonner de façon logique.
  • Reconnaître les arguments fallacieux : un argument peut être convaincant sans être valide.
  • Se questionner sur la subjectivité et l’objectivité de la presse. Un média peut-il être neutre ? Comment les informations se sont-elles formées ?
  • Faire sa propre enquête journalistique : remonter à la source de l’information, et étudier la validité de cette source.
  • Prendre conscience de nos biais cognitifs : ces raccourcis de pensée qui nous permettent de prendre des décisions rapidement mais sans toujours raisonner de façon logique.
  • Il n’y a pas besoin d’être scientifique pour développer son esprit critique, mais avoir des notions de probabilités et de statistiques pour savoir faire le tri entre les chiffres rend l’exercice plus facile !
Les outils du sceptique


Les fake news

Lors de cette conférence, Christophe Michel nous suggère d’exercer notre pensée critique au sujet des fake news. Il existe de fausses nouvelles écrites dans un but humoristique, et l’on pense évidemment au Gorafi, mais nous nous intéresserons à deux catégories de fake news.

La première catégorie s’applique aux articles mensongers, écrits sciemment dans le but de tromper et de manipuler. Il existe des sites internet qui font de la désinformation : peu importe que ça soit crédible ou non, une photo qui choque, un titre qui offusque et l’article devient « buzzable ». Que l’on soit d’accord avec son contenu ou que l’on veuille le dénoncer, il est tentant de le partager sur les réseaux sociaux, et à chaque partage, l’on crée une nouvelle audience.

Interview de Paul Horner sur CNN

Ces articles sont entourés de publicités qui, à chaque clic, génèrent des revenus pour les créateurs du site. Certaines personnes créent alors des dizaines de sites, y implémentent de nombreuses publicités et écrivent quelques articles buzzables. Ce phénomène fut particulièrement courant et prolifique pendant la campagne présidentielle américaine, comme en témoigne Paul Horner qui avoua gagner jusqu’à 10 000$ par semaine. Christophe Michel ponctue son argumentaire de ces anecdotes dans ses supports pédagogiques. Selon lui, comprendre les raisons pour lesquelles certaines personnes sont prêtes à écrire des fake news, c’est comme recevoir une dose de vaccin.

Enfin, il y a les fake news écrites de bonne foi, celles qui n’ont pas l’intention de nuire ou de manipuler. Mais pour Christophe Michel, ce sont les plus pernicieuses. Par exemple, l’Express titre « Manger du chocolat rapporte des prix Nobel » et source son article avec l‘étude scientifique du chercheur. L’étude met en lumière un lien de corrélation et non de causalité entre la moyenne de consommation de chocolat par pays et le nombre de prix Nobel, mais l’article est plus catégorique : selon lui « une nouvelle étude démontre que le chocolat favoriserait le génie ». Il nuance que « Le chercheur souligne cependant que ces données sont basées sur des moyennes de consommation par pays. Les quantités de chocolat mangées individuellement par des lauréats du Nobel demeurent quant à elles inconnues » cependant la majorité des lecteurs ne vont pas au-delà du titre et ne pourront disposer de cette information. Quant à ceux qui s’engageraient vers les sources scientifiques, ils n’iront la plupart du temps pas au-delà du résumé de l’étude originelle.

Pour vérifier l’authenticité d’une information, Christophe Michel propose de remonter à sa source : ne pas écouter le dernier maillon mais partir à la recherche du tout premier pour éviter la transformation de l’information par le bouche-à-oreille. La source peut être valide mais l’information déformée : la responsabilité est alors diluée entre chaque acteur.

Un phénomène que Christophe Michel appelle effet peau de chagrin : d’une publication scientifique austère, on passe à un dossier de presse, puis au média grand public jusqu’à arriver au tabloïd racoleur.

Exemple illustré de « l'effet peau de chagrin »


Christophe Michel conclut en questionnant sur la transformation du traitement de l’information : du temps de la publication papier, il existait un véritable temps de vérification de l’information, propice pour prendre du recul. Avec la démocratisation d’internet, de plus en plus de médias sont aujourd’hui horizontaux : tout le monde peut participer, en particulier avec internet où chacun peut tenir un blog et donner son opinion, parfois peu éclairée, tout en ayant des millions de vues. Une concurrence sévère pour les journalistes pris dans l’étau de l’actu qui menace de les éloigner de l’information.

Fatima, élève en 1ère Gestion Administration en stage à la Rotonde, a également assisté à la conférence et vous livre son ressenti dans cet article.

Découvrez les vidéos d’Hygiène Mentale sur sa chaîne YouTube.

Crédits illustrations : Christophe Michel