Quelques plantes toxiques du Massif central Partie XVIII : le Vératre blanc (Veratrum album)
Publié par Jacques Bourgois, le 23 juin 2026 3
Le vératre blanc est un espèce montagnarde indigène (au-dessus de 800 m en France) qui a colonisé tout l'hémisphère nord de la Terre, son aire de répartition va de l’Alaska et le Japon en passant par la Chine, la Sibérie, le Caucase et l’Europe. Sa présence est principalement importante dans les prairies subalpines où se trouve le bétail. La toxicité du vératre envers les animaux fait qu’il est déclaré indésirable dans de nombreux pays comme la France, l’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, l’Italie ou encore la Slovénie. Pourquoi tant de haine ?
On trouve le vératre blanc dans les prairies calcaires, montagnardes, ensoleillées et humides entre 700 et 2000 mètres d’altitude. C’est une plante à croissance rapide, rustique supportant des températures allant jusqu’à -20°C, de 0,5 à 1,50 mètre de hauteur, avec des feuilles, pratiquement sans pétiole, disposées en spirale le long d’une tige robuste et non ramifiée. Les fleurs apparaissent de juin à août, elles sont petites en forme d’étoile et de couleur variable allant du blanc (Massif central) au vert (Alpes). Elles sont groupées en grandes inflorescences terminales, les fleurs inférieures sont hermaphrodites alors que les fleurs supérieures sont mâles. Les fruits secs ont la forme de capsules ovoïdes qui libèrent de nombreuses petites graines ailées dispersées par le vent.
Toute la plante est toxique, et surtout la racine, tant pour l’homme que pour les animaux. On trouve dans le vératre blanc toute une série d’alcaloïdes dont les protovératrines A et B et la jervine.

Protovératrine A : C41H63NO14 Protovératrine B : C41H63NO15

Jervine : C27H39NO3
Les protovératrines exercent leur effet sur le système cardiovasculaire en provoquant une chute importante de la tension artérielle et du rythme cardiaque provoquant une hypothermie. Dès l’ingestion de racine de vératre, des brûlures buccales apparaissent ainsi qu’une hypersalivation et des éternuements répétés suivis de nausées et de diarrhées sévères. Si l’intoxication est importante, les problèmes cardiaques font leur apparition, accompagnés de confusion mentale, la mort peut alors survenir 3 heures après l’ingestion. Heureusement, les cas sont rares car le goût du vératre étant fortement amer dissuade de l’ingérer. En cas d’intoxication, l’atropine aidera le cœur à retrouver un rythme normal.
La jervine, quant à elle, est un alcaloïde stéroïdien tératogène qui provoquent des malformations congénitales graves chez le fœtus.
Le vératre a été utilisé à des fins médicales depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du Moyen-Age pour traiter les cas graves de choléra en supprimant vomissement et diarrhées. Il est tombé ensuite en désuétude à cause de sa difficulté d’emploi. Il n’est utilisé actuellement qu’en homéopathie pour ses effets sur la tension artérielle et sur le rythme cardiaque, les gastro-entérites du nourrisson et certaines affections des voies respiratoires.
Afin de prévenir tout risque d’intoxication, les gardiens de troupeaux coupent les plants de vératres dans les prairies où doivent s’alimenter le bétail. Une macération de vératre blanc dans de l’eau peut être utilisée comme insecticide externe pour le bétail. Il existe un dicton aveyronnais qui précise « Laver un veau ou tout autre animal avec une décoction de racine de vératre pour tuer la vermine ».
Le jus de vératre blanc a été longtemps utilisé par les chasseurs ou les soldats pour enduire la pointe de leur flèche afin d'intoxiquer gros gibiers ou ennemis. La thermodégradabilité des alcaloïdes présents dans le vératre fait que les effets durent plus longtemps que ceux de l'aconit pourtant plus toxique.
Confusion possible : le vératre blanc peut être confondu avec la gentiane jaune lorsque cette dernière n’est pas encore fleurie. Pour distinguer les deux espèces, un simple examen des feuilles suffira à les différencier : les feuilles de gentiane sont glabres alors que celles du vératre sont légèrement velues sur le revers ; les feuilles de gentianes sont opposées alors que celles du vératre sont alternes et forment une spirale sur la tige. Lorsque les plantes sont fleuries, plus aucune confusion n’est possible, les fleurs de la gentiane sont jaunes alors que celles du vératre sont verdâtres ou blanches.
Exemple d'intoxication : une femme de 34 ans ayant consommé un apéritif 'maison' préparé à base de vin dans lequel macérait une plante prise pour de la gentiane jaune et qui était en fait du vératre blanc. Soufrant de troubles digestifs accompagnés de vertiges, céphalées, hallucinations visuelles, elle prit contact avec le Centre Antipoison le plus proche. Un traitement à l'atropine a permis une évolution favorable de la patiente.
Pour en savoir plus :
Georges Becker, Plantes toxiques, Edition Gründ, Paris, 1995
Frantisek Stary, Plantes médicinales, Edition Gründ, Paris 1992
Fleurs familières et méconnues du Massif central, Edition Debaisieux, Beaumont 2000
Guide de la flore de Haute-Loire tome 1, Edition Jeanne-d’Arc, Le Puy-en-Velay, 2008
Guide de la flore de Haute-Loire tome 2, Edition Jeanne-d’Arc, Le Puy-en-Velay, 2010
ANSES, Fiche d’information, Plantes toxiques en cas d’ingestion, Maison-Alfort 2021 (ANSES-Ft-Plantes-toxiques-ingestion-2021.pdf)
Bienvenue sur le site des plantes toxiques (toxiplante.fr)
Plantes Risque (plantes-risque.info)
Microsoft Word - PLANTES TOXIQUES_web*_txtFR.docx (plantentuinmeise.be)
Liste des Plante toxique - Encyclopédie - Conservation Nature (conservation-nature.fr)
